Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/602

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


ANTOINE.

Oh ! Comme c’est large ! Comme c’est beau ! J’entends le ronflement des sphères. Les étoiles tombent sans bruit, pareilles à des flocons de neige.

LE DIABLE.

Aperçois-tu là-bas une matière lumineuse d’où sortent des soleils ?

ANTOINE.

Et des parcelles qui s’en détachent se mettent à tourner !

LE DIABLE.

Sans nombre et sans fin les âmes ainsi ruissellent continuellement de la grande âme. Plus loin, cette poussière d’or étalée n’est faite qu’avec des portions d’astres éteints qui achèvent de s’évaporer.

ANTOINE.

Les soleils s’usent donc ?

LE DIABLE.

Les soleils, mais pas la lumière qui est en eux !

La forme périt, la substance est éternelle. à la dissolution de l’homme, quand se défait d’un seul coup cet assemblage momentané, tous les éléments qui le composaient repartent libres, et des mondes à l’infini s’organisent… n’as-tu pas reconnu des voix dans le frémissement des roseaux ? Les chiens qui hurlent ne te parlent-ils pas de tes amis morts ?

Ils montent toujours.

ANTOINE.

Comme nous allons ! Quelle étendue !

LE DIABLE.

Tu ne la soupçonnais pas si vaste, hein ? Mais quand tu remuais ton bras, savais-tu comment ? Et quand s’avançait ton pied, savais-tu pourquoi ? La fiente de ton cochon poudroyant au soleil, avec les scarabées verts qui bourdonnaient à l’entour, suffisait