Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/632

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Antoine se cache la figure avec sa manche. Le diable lui tire le bras brusquement et le pousse plus près.

Ah ! Voyez donc comme ses membres en le maniant, sont restés au fond de nos mains ! Il n’est plus ! Il n’éternue pas à la fumée des herbes sèches, et ne soupire point d’amour au milieu des bonnes odeurs !… il est mort !… il est mort !

ANTOINE

se penchant vers les femmes.

Qui donc ?

LE DIABLE lentement.

Ce sont les filles de Tyr qui pleurent Adonis.

Elles s’écorchent la figure avec leurs ongles et se mettent à couper leurs cheveux ; puis eles vont, l’ne après l’atre, les déposer sur le lit, et toutes ces longues chevelures pêle-mêle semblent des serpents blonds et noirs rampant sur le cadavre de cire rose, qui n’est plus maintenant qu’une masse informe.

Elles s’agenouillent et sanglotent.

ANTOINE

se prend la tête dans les mains.

Comment !… mais !… oui !… je me rappelle !… une fois déjà… par une nuit pareille, autour d’un cadavre couché… la myrrhe fumait sur la colline, près d’un sépulcre ouvert ; les sanglots éclataient sous les voiles noirs penchés ; des femmes pleuraient, et leurs larmes tombaient sur ses pieds nus, comme les gouttes d’eau sur du marbre blanc… il s’affaisse.

LE DIABLE en riant : allons ! Debout ! Il en vient d’autres, regarde !

Le catafalque d’Adonis a disparu.

On entend un bruit de castagnettes et de cymbales, et des hommes vêtus de robes bigarrées, suivis par une foule rustique, amènent un âne empanaché de feuillage, la queue garnie de rubans, les sabots peints, avec un frontal à plaques d’or et des coquilles aux oreilles, une boîte couverte d’une housse à cordons sur le dos, entre deux larges corbeilles dont l’une, chemin faisant,