Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/665

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NOTES

tour de leur cou une étole brodée par des dames ; il n’avait pas entendu parler du pape, ni de sa tiare ; il était trop jeune ; enfin et surtout, aucun cochon ne lui tenait compagnie. Dans l’iconographie du moyen âge, il est vrai, à partir du XIVe siècle, saint Antoine paraît toujours escorté d’un cochon, mais cet animal, que l’imagination populaire s’est plu à associer à ses tribulations, leur demeure tout à fait étranger et son origine est fort modeste : un ordre hospitalier du XIe siècle, fondé sous le patronage de saint Antoine, et répandu dans plusieurs villes de France, avait obtenu la faveur de laisser ses porcs chercher leur pitance par les rues, pourvu qu’ils portassent une clochette au cou ; on prit l’habitude de représenter, à côté de saint Antoine, l’objet du privilège des Antonins et les simples en conclurent qu’il l’avait réellement accompagné au désert. La plupart des inexactitudes ont disparu de la version de 1874 ; il en reste pourtant quelques-unes. On comprend que Flaubert ait placé Colzim immédiatement au-dessus du Nil, dans l’intérêt de sa description et aussi qu’il ait maintenu « à dix pas de la cabane une longue croix plantée dans le sol », parce que l’ombre de ses bras figure fort à propos, quand elle s’allonge, les cornes du diable ; on voit moins pourquoi la mère d’Antoine a pleuré sur son départ, puisqu’en réalité elle était morte avant et pourquoi notre solitaire est donné comme l’élève de Didyme l’Aveugle, qui est né, au plus tôt, en 310. C’est aussi avec raison que Taine reproche à Flaubert d’avoir, en parlant des hérétiques, fait trop confiance à leurs pires ennemis.

Mais, si ce sont là remarques qu’un érudit est bien obligé de faire et dont il pourrait allonger la liste, il convient aussi qu’il reconnaisse l’effort admirable et souvent heureux que Flaubert a soutenu pour apprendre et comprendre. Il y a beaucoup de savoir dans la Tentation ; elle abonde en pages où s’exprime magnifiquement la plus exacte intelligence du passé antique et en formules excellentes, qu’un historien voudrait avoir trouvées pour exprimer la vérité sortie des documents authentiques.