Page:Guttinguer - Le Pont de Neuilly, 1837.djvu/4

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Tous les deux attentifs, d’abord silencieux,
Nous portions notre cœur où s’attachaient nos yeux.
Cet homme était du peuple : il en gardait sans plainte
Au front et sur les mains la forte et rude empreinte ;
La ride prononcée entre ses bruns sourcils
Témoignait du travail, plutôt que des soucis ;
De l’envieux du siècle il n’avait point l’audace,
Ni le chagrin rongeur ; mais seulement la trace
D’un labeur honorable : il portait simplement
L’ordre dans tous ses traits et dans son vêtement ;
Son silence semblait mêlé de rêverie,
Et de réflexion doucement attendrie.

Sa femme à cet endroit venant le retrouver,
Joyeuse, lui cria : « Le Roi vient d’arriver ! —
» Tant mieux, dit le mari ; que le Ciel le conserve,
» Et que des Alibauds sa bonté le préserve !
(L’exécrable assassin venait, tout récemment,
De subir en damné son juste châtiment.)
» Notre bon roi Philippe a-t-il assez de peine ! —
» Mon ami, tu ne penses qu’à lui, mais la Reine !
» La Reine ! ses enfans ! Ah ! maudit Lucifer !
» Jusqu’en leurs bras poursuivre un époux aussi cher !
» (Ainsi parlait la femme.) A-t-il échappé belle !
» Qu’on le garde donc mieux ! — Vois-tu la sentinelle
» Qu’à la pointe de l’île on a mise là-bas ?
» C’est triste cependant ! Quand donc seront-ils las