Page:Guttinguer - Le Pont de Neuilly, 1837.djvu/5

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» De troubler le pays avec leur République !
» En quel dégoût je prends toute leur politique !
» La paix et le travail, que nous faut-il de plus ?
» Mais ce n’est pas leur compte à ces hommes perdus !
» La République ! ah ! ah ! je connais son histoire ;
» J’ai de ses assignats encor dans mon armoire ;
» Je les montre à mon fils, qui m’a l’air quelquefois,
» En lisant les journaux, de dédaigner les rois,
» Et, tirant un louis, argument sans réplique :
» Voilà ma Royauté ; Voilà ta République ;
» Et je lui mets en main le vieux papier menteur
» Qui ruina mon père, au temps de la Terreur.

» Reste là bien long-temps, toi qui l’as combattue,
» Bon Roi, » dit-il encor, en promenant sa vue
Sur les saules épais de l’asile enchanté,
Que semblait pénétrer son œil plein de bonté.
« Que chez toi tout au moins on te laisse, tranquille,
» Élever aux vertus ta nombreuse famille,
« Et goûter le bonheur de ton moindre sujet.
» Tu ne mérites pas le chagrin qu’on te fait ! »
Et la femme ajoutait, dans sa tendre sagesse :
« Oh ! que j’aime les Rois qui n’ont pas de maîtresse !
» C’est le seul que j’aurais accepté pour mari ! »
L’éloge était complet : un moqueur en eût ri ;
Le mot, mêlé de pleurs, m’arriva jusqu’à l’âme.
Il en venait, passant par des lèvres de femme