Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/167

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


mère larmoyait plus fort ; mais Jeanne s’était soulevée sur ses mains, et elle regardait, haletante, celui qui la faisait si cruellement souffrir. Elle balbutia : « Il y a que nous n’ignorons plus rien, que nous savons toutes vos infamies depuis… depuis le jour où vous êtes entré dans cette maison… il y a que l’enfant de cette bonne est à vous comme… comme… le mien… ils seront frères… » Et, une surabondance de douleur lui étant venue à cette pensée, elle s’affaissa dans ses draps et pleura frénétiquement.

Il restait béant, ne sachant que dire ni que faire. Le curé intervint encore.

— Voyons, voyons, ne nous chagrinons pas tant que ça, ma jeune dame, soyez raisonnable.

Il se leva, s’approcha du lit et posa sa main tiède sur le front de cette désespérée. Ce simple contact l’amollit étrangement ; elle se sentit aussitôt alanguie, comme si cette forte main de rustre habituée aux gestes qui absolvent, aux caresses réconfortantes, lui eût apporté dans son toucher un apaisement mystérieux.

Le bonhomme, demeuré debout, reprit : « Madame, il faut toujours pardonner. Voilà un grand malheur qui vous arrive ; mais Dieu, dans sa miséricorde, l’a compensé par un grand bonheur, puisque vous allez être mère. Cet enfant sera votre consolation. C’est en son nom que je vous implore, que je vous adjure de pardonner l’erreur de M. Julien. Ce sera un lien nouveau entre vous, un gage de sa fidélité future. Pouvez-vous rester séparée de cœur de celui dont vous portez l’œuvre dans votre flanc ? »

Elle ne répondait point, broyée, endolorie, épuisée