Page:Guyot - Les principes de 89 et le socialisme.djvu/169

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cain, est ainsi conçu : « Le travail pleinement productif n’étant possible dans la société que par la société, les moyens de production appartiennent à la société tout entière[1]. »

Et tous les socialistes attribuent toutes les vertus et tous les devoirs à « la société ».

Mais qu’est-ce que « la société tout entière » ?

Je me rappelle que la première fois que me tomba entre les mains un traité de logique classique, je trouvai la définition suivante de l’infini qu’on répète encore de nos jours dans nos lycées[2] :

« Nous avons l’idée de l’infini. L’idée de l’infini ne nous vient ni de nous-mêmes, ni à plus forte raison de l’animal, ni de la plante. Ajoutez le fini au fini, vous arriverez à concevoir l’indéfini, c’est-à-dire l’être dont on ne voit pas les bornes, mais non l’infini, c’est-à-dire, l’être sans bornes. »

Je faisais de mon mieux pour concevoir cet infini, je n’y arrivais pas. Je me demandais si je ne constituais pas une monstrueuse exception à l’espèce humaine : mais si je la constituais, c’était grave ; car mon cas suffisait pour détruire la démonstration.

Je suis bien obligé d’avouer que, malgré tous mes efforts, je n’ai pas encore une conception très nette de l’infini. Pour moi, c’est le contraire du fini. Le fini, je le sens, je le vois, je le subis, je l’éprouve tous les jours, sous toutes les formes, à commencer par ma personne ; mais l’infini me paraît vague.

J’ai sous les yeux une feuille de papier. Elle me pré-

  1. Le Nouveau parti, p. 14.
  2. J. Fabre, Notions de philosophie.