Page:Guyot - Les principes de 89 et le socialisme.djvu/171

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


et d’enfants qui constituent ma famille. Les intelligences sont moins unies : je ne sens que par analogie les besoins de ma femme et de mes enfants ; je n’ai pas et ils n’ont pas les mêmes sympathies et les mêmes antipathies ; ils n’ont pas les mêmes idées que moi, exactement au même moment ; femmes et enfants constituent chacun des individualités : et nous voyons dans des familles ces individualités quelquefois si opposées qu’elles aboutissent au divorce, que les enfants sont malmenés par leurs parents et rendent à leurs parents les sentiments dont ils éprouvent les mauvais effets.

Si j’étends ma personnalité aux compatriotes de ma commune, puis aux compatriotes de mon département, et enfin aux compatriotes de mon pays, l’intimité va sans cesse s’affaiblissant et les causes de dissentiment s’accentuant. Le bas-breton de Josselin ne connaît pas le provençal de Cassis et ni l’un ni l’autre ne se comprendraient.

Donc, plus mes conceptions s’écartent de mon individu et de ce qui y touche immédiatement, plus elles deviennent vagues et indéterminées.

Quoique particulierement compétent en ce qui me concerne, je puis cependant commettre des erreurs : erreurs d’ignorance et de passion. Mais si d’autres se chargent de penser et d’agir pour moi, ne courent-ils donc jamais le risque de commettre des erreurs d’ignorance et de passion ? Sont-ils parfaits ? Ont-ils toujours du sang-froid ? Sont-ils à l’abri de tout sentiment d’antipathie pour les uns, de sympathie pour les autres ? Tiennent-ils toujours la balance égale entre chacun ?