Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/14

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— Mon Dieu, oui, cher ami, je vous abandonne.

— Quelle mauvaise chance ! Oh, mauvaise chance ! Figurez-vous que la petite de Semenin, à qui je fais la cour depuis tantôt deux mois, va rester veuve tout le printemps ! Pétersbourg : son mari est à Pétersbourg !

— Je vous félicite…

— Pas encore. Mais demain, courses. Elle y sera ; l’y rencontrerai, par hasard : c’est promis. Alors, dîner : c’est promis. Mais à une condition : la belle Mme Ferronet ne nous quittera pas. — Soit, ai-je dit, et je vous ai annoncé…

— Contez que je suis mort.

— Mais, tout perdu, cher ! Raisonnons ! Ne recherchiez-vous pas cette belle ? Elle vous écoute. Ne vous pardonnera jamais d’avoir manqué à un rendez vous accepté…

— Par elle…

— Raison de plus ! Attendez un jour ! Une si belle femme !

— Bah ! une femme nouvelle ! Est-ce assez pour changer les plans d’un galant homme ?

Desreynes prenait dans son geste les gravités et les lenteurs d’un homme qui va devenir philosophique ; doucement, pour la seconde fois, il se retourna vers son hôte, à demi sérieux et ironique à demi.

Il continua, les reins cambrés contre la table, où ses deux pouces restaient posés :

— Vraiment, cher ami, je suis un peu las de toute