Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/15

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cette vie. Des femmes, toujours des femmes ! C’est bête, à la fin !… De l’amour, en cherchons-nous ? De la beauté, en trouvons-nous ? De l’esprit ? Celles qui en ont sont aussi sottes ou plus que celles qui n’en ont pas ! De la volupté ? La seule dont puisse rêver un raffiné est celle qu’il donne et non celle qu’il reçoit. Or, par une délicate attention de nature, c’est l’unique chose au monde que les femmes ne soient pas capables de recevoir.

— Exagérez !

— J’exagère parce que je m’ennuie. L’homme qui s’ennuie n’a-t-il plus le droit d’être injuste ? Les femmes m’ont fait tout le bien qu’elles ont pu, j’en ai assez ; à un autre ! J’ai besoin d’air.

— Prenez un aller et retour… Reviendrez.

— Comme on revient à la morphine, comme le cabotin revient aux planches. Mais la pièce que nous jouons est toujours trop la même ; notre comédie a vingt comparses et n’a qu’un héros, le mensonge. C’est monotone.

— Mais, pardon, cher. L’amour…

— Poseur, parlez-en donc !… Et puis ? Aimer, donner son cœur, n’est-ce pas ? Si vous n’aviez qu’un lapin, est-ce que vous le lâcheriez dans un champ où tout le monde tire des coups de fusil ?

— Voyons… on rencontre des… sentiments véritables, des femmes… qui aiment.

— Vous allez me montrer que vous êtes content de vous, ce que je sais, quand il faudrait montrer que