Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/16

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


l’on doit être content d’elles. Parbleu oui, on en rencontre qui sont sincères ! Mais votre argument est un col en papier qui veut prouver une chemise blanche ! Vos femmes aimantes sont l’exception. Notez, d’ailleurs, que je constate sans récriminer. Elles mentent, elles font bien, et n’ont rien autre à faire. Ne commençons-nous point ? Et quand nous ne serions pas les premiers coupables dans ces duos d’hypocrisie, n’auraient-elles pas une suffisante excuse dans la situation qui leur est imposée par les lois et les modes…

— De notre état social. Je comprends…

— Ça ne fait rien.

Il continua sa conférence, en se mirant de loin dans la glace de la cheminée :

— Hormis l’exclusivisme des grandes tendresses, si rares et qui répugnent à l’idée du partage, le vœu de la nature était polygamie, parce que son but est l’extrême procréation : le vrai mariage dure le temps d’une maternité, car le désir s’endort sur un oreiller refroidi : des religions simples l’ont assez compris pour vouer la femme à la multiplicité des noces, voire même à prostitution. Mais le mâle, en toutes espèces et surtout dans l’humanité, en toutes choses et surtout en amour, est essentiellement égoïste : ce qu’il possède, il le veut pour lui seul. Nous avions la force, nous avons fait la loi, et la femme, plus faible et plus douce, a subi l’une et l’autre.

Desreynes parlait comme on écrit ; tant de gens écrivent comme on parle !