Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/22

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— Oui, oui… même, l’autre soir, j’étais…

— Fort jolie, brune, petite, mate, et les lèvres très rouges, mais point fardées ; des yeux noirs ou gris, bleus ou verts, étranges de fixité ou de vague, une prunelle aiguë que les cils et le bistre enveloppaient de langueur, un poignard sous des dentelles.

— Oh ! charmant…

— Merci. Elle avait trop l’air d’une fille à louer, pour n’être pas une haute bourgeoise. Elle restait, d’ailleurs, hautaine et fière, dans son libertinage. Un vieillard décoré l’accompagnait, puis une personne mûre et sèche, qui marchait avec dignité.

— Dommage !

— Elle jugeait les toiles, haut, et me souriait ; je tirai de mon portefeuille une carte sur laquelle j’écrivis quelques lignes avec l’affectation d’un critique d’art qui prend des notes. Vous savez que j’ai coutume, pour ces sortes d’aventures, d’employer des cartes où je fais graver un nom supposé, toujours noble et toujours harmonieux, mais qui change à chaque printemps ; l’adresse seule reste la même. J’écrivis donc…

— Une demande de rendez-vous ?

— Juste ! Vous devinez tout. Je roulai le billet et le montrai de loin. Elle accepta d’un geste de paupières, et, dans une pose d’attente, elle planta sa main retournée sur le bord de sa hanche. Le beau page ! Glisser derrière elle, poser la carte entre ses doigts, et le poulet avait déjà disparu sous un gant. Mon incon-