Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/410

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autre, mais plus vague et moins puissante : elle lui eût certes suffi en d’autres temps, mais l’homme épuisé ne portait plus en lui le ressort de ses vertus premières. Donc, il retomba dans l’anxiété de vivre. L’avenir lui parut long d’une éternité : c’était comme une nuit d’années sans terme, un marasme qui ne ressemblait à l’existence ni au néant, l’écrasante insomnie d’un homme qui sans bouger ferme les yeux, et pendant un siècle attend le bon dormir… Il sentit l’idée de la mort remonter perfidement sur son âme, et par minutes, il faiblissait ; il se déféra le serment d’être fort et ne point faillir, mais il n’osa jurer.

En face d’eux, et par derrière la chaîne des monts, une rouge aurore teinta un coin du ciel, et disparut : c’était l’Etna.

Pierre, entre ces deux feux, voyait l’image de sa destinée : qu’il allât ou qu’il vînt, l’enfer !

Il vivrait ! Il devait vivre !

À peine descendu à Palerme, que pourtant il ne connaissait point, il proposa doucement d’en repartir.

— Soit. Veux-tu que nous passions en Grèce ? En Afrique ?

— Je suis las. Retournons.

— En France ?

— Oui.

Ils visitèrent le Palais et la Cathédrale ; dans la chapelle de Sainte-Rosalie, une voix française leur cria :