Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/51

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entrevoyait déjà l’éclosion d’une âme nouvelle qui allait s’épanouir en lui au milieu de tant de grandeur et de pureté.

Si nous sommes parfois plus émus devant le bonheur des êtres très aimés que devant celui qui nous survient à nous-mêmes, c’est moins sans doute par la valeur de notre amour que par l’exigence de notre égoïsme, car nous trouvons en notre propre vie des imperfections chagrinantes qui s’effacent en celle des autres.

— Nous arrivons, dit Arsemar.

La jument trottait, contente du voyage fini.

— Croirais-tu qu’après vingt mois de mariage j’ai encore, en rentrant chez moi, toute l’émotion d’un amoureux de seize ans ? Je l’ai quittée tantôt, endormie, et mon cœur bat à l’idée de la revoir et d’être près d’elle !

Puis :

— Tu en riras si tu veux… Chaque matin, quand je m’en vais aux ateliers, je suis heureux, dès le départ, et même avant, à cause du retour…

— Vraiment ?… Serais-tu de ceux qui asseyent leur idole dans un bon fauteuil et descendent au clair de lune, pour y rêver à elle ?

— Non, mais j’en viendrai là, qui sait ? Chaque fois que je l’aborde, elle est plus belle qu’une heure avant.

Georges philosophait : « Les hommes ont peut-être droit à une certaine somme d’amour, presque égale