Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/52

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pour eux tous, et ceux qui ont souvent aimé aimèrent et aiment si mal, que tous leurs raffinements unis n’ont pas eu seulement la santé et la joie d’un pauvre amour bien simple passant dans une vie banale, et cueillant, quelque soir, une minute de cette pleine extase que les autres ont en vain cherchée… »

La voiture quitta la route et s’engagea sous les arbres d’une courte avenue.

— C’est égal, reprit l’autre, si j’avais cru que c’était si bon, l’amour, je n’aurais pas eu le courage d’attendre si longtemps !

La porte de la grille était ouverte. Un bosquet se dressait entre elle et la maison, qu’il cachait tout entière, et l’allée de sable tournait autour.

Quand ils eurent dépassé ce bouquet d’arbres, le château apparut à l’extrémité d’une pelouse : une femme en peignoir rose s’accoudait sur le perron.

— La voilà !

Pierre dit : « Hop ! Vite donc ! » Desreynes se découvrit.

La femme descendait les marches, avec lenteur.

— Bonjour, Jeanne !

En quelques secondes, ils furent au bas du double escalier. Georges sauta : il vint en souriant vers la dame, empressé et la main tendue. Puis, il hésita, comme effrayé, et pâlit légèrement.

Il reconnaissait la femme rencontrée au Palais des Beaux-Arts.