Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/59

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


« Cette vierge ignorante et cette chaste épouse devant qui tu t’agenouilles, pauvre fou, c’est une fille ; cette douceur et cette vertu, cette affection sainte, ce n’est que le masque d’une rôdeuse qui reçoit l’amour des passants ! » — Certes, il vaudrait mieux le tuer tout d’abord ; ce serait plus charitable et plus noble. Desreynes ne concevait pas comment une semblable idée avait pu lui venir à l’esprit.

— Si c’est elle, je partirai, et voilà tout.

Mais, en bonne vérité, qu’importait sa présence ou son départ ? Ne se sentait il pas assuré de lui-même ? De tout cela il ne devait conserver que la conscience d’un devoir nouveau : veiller sur cet honneur, veiller sur ce bonheur. Être près de cette femme, qui n’avait peut-être point failli encore, et l’empêcher de faillir : défendre la vie de Pierre sans qu’il soupçonnât que sa vie était menacée et défendue, et lui laisser sa paix, sa paix à tout prix !

Georges ne discutait plus.

Une tristesse austère et consciente de ses causes, résignée, résolue, avait remplacé le doute.

Il se possédait pleinement, et plus peut-être que dans ses jours de vie banale, car il venait de grandir devant lui-même de toute la hauteur de sa tâche.

Il décida qu’il allait soumettre à la plus soigneuse attention ses actes, ses phrases, ses regards même.

Avec une coquetterie de femme, il s’attacha à effacer de son visage toute trace d’inquiétude. Il essaya, en se vêtant, de rétablir les paroles