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Page:Hauvette - Littérature italienne.djvu/154

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1314 LITTIEERATURE lTALlENNE vie, cc qui n’importe guere; mais nous ne lui découvrons méme pas une physionomie nettement déterminée, c’est- a-dirc que son caractére propre et ses scntiments demeu- rent incertains, mystérieux, incohérents. A-t-elle aimé Pétrarque? ll ne semble pas, et sa vertu reste au-dessus de tout soupgon. Mais alors pourquoi ses froideurs ont-elles alterné avec des moments de bien- veillance, ou elle faisait au poéte un accueil engageant et joyeux, ou une paleur subite trahissait son émotion parce qu’il s’éloignait d’clle, lui dont elle dédaignait pourtant les vers, et a qui elle ne témoignait que Ia plus parfaite indiffércnce? A cet angoissant probléme Pétrarque ne trouva guére qu’au bout de vingt ans une solution plau- sible, mais purement imaginaire. Nous inclinerions a croire que Laure {ut une vertueuse et froide coquette, si d’autre part il ne fallait se dire que les divers tableaux évoqués par le poéte sont des a états d’éme » plutot que des peintures parfaitement exactes d’une réalité objec- tive. L’image de Laure ne nous arrive qu`analysée, décomposée (et qui pourrait dire a quel point déformée ?) par un prisme puissant : l`ame agitée, inquiéte, merveil- leusement sensible de Pétrarque. Aussi ces visions suc- cessives nous éclairent-elles beaucoup mieux sur le ccnur du poete que sur l’exquise et décevante figure de Laure, personnage effacé et muet dans le drame que les Rims nous racontent. C’est Pétrarque qui joue le réle principal, ou plutot unique : il remplit la scene a lui seul; Faction se réduit 21 un monologue. Le secret`de cette poésie, si jeune, malgré ce qu’elle peut contenir de démodé, est lh tout entier : elle est le reflet vivant, vibrant, d’une personna- lité attachante, suffisamment rapprochée de l’humanité moyenne pour que chacun y reconnaisse un peu de soi-