Page:Hawthorne, La maison aux sept pignons, Hachette, 1886.djvu/285

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

faites, y étaient rentrés. — Hepzibah referma la fenêtre.

Mais où était Clifford ? Peut-être, averti par quelque subtile perception que son mauvais génie se trouvait là, s’était-il glissé au bas de l’escalier, puis échappé dans la rue, pendant que, dans le magasin, sa sœur et le Juge causaient ensemble. Cette supposition faisait passer devant les yeux de la vieille fille l’étrange vision de son frère, s’élançant au dehors dans le costume suranné qu’il portait chez lui, puis courant ainsi la ville au hasard, objet de surprise et de terreur pour tous ceux qui viendraient à le rencontrer. Elle entendait le rire des jeunes gens auxquels il était inconnu, — les propos indignés de ceux qui, l’ayant vu autrefois, se rappelleraient son visage, — l’impitoyable clameur des enfants et leurs injures empreintes d’une verve cruelle. Ainsi poursuivi, raillé, outragé, qu’allait devenir ce malheureux ? Ne s’abandonnerait-il pas à quelque acte de rancune insensée, allant ainsi de lui-même au-devant du sort que lui préparaient le juge Pyncheon et sa malice infernale ?

Puis Hepzibah vint à réfléchir que la ville était presque entièrement entourée d’eau. Par ce gros temps, les quais devaient se trouver déserts ; ni marchands, ni ouvriers, ni marins : — rien que les vaisseaux noyés dans le brouillard. Que le hasard dirigeât les pas incertains de son frère, qu’il vînt à se pencher sur ces flots sombres où l’attendait un repos absolu, — où ne pourraient plus l’atteindre les mains acharnées de son redoutable parent, — quelle tentation !… Pourrait-il y résister ?

Cette horrible image était insupportable pour Hep-