Page:Hawthorne, La maison aux sept pignons, Hachette, 1886.djvu/288

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sortir… Quant à nous, ma sœur, nous pouvons danser, à présent ! Nous pouvons chanter, rire, jouer, faire ce que nous voudrons. Le boulet que nous traînions n’existe plus… On nous a débarrassé de l’antique vallée de larmes… et nous rendrons désormais la vie aussi légèrement que la petite Phœbé en personne ! »

Alors, — et comme pour confirmer ses paroles, — il se mit à rire, sans cesser de diriger son doigt vers l’objet, encore invisible pour Hepzibah, qu’il indiquait ainsi à l’intérieur du salon. Elle acquit au moment même la soudaine intuition de quelque horrible événement. Se glissant entre Clifford et la porte, elle pénétra vivement dans la pièce où il l’appelait ; mais elle en ressortit presque aussitôt avec un cri d’angoisse. Les regards effrayés et fixes qu’elle jetait à son frère le lui montraient envahi de la tête aux pieds par un tremblement nerveux des plus violents, tandis que — sur tous ces éléments de colère et de terreur — planait encore, en se jouant, son orageuse gaieté.

« Grand Dieu, qu’allons-nous devenir ? s’écria la pauvre fille d’une voix haletante.

— Partons, dit Clifford sur un ton de décision rapide, complétement étranger à ses habitudes… Nous ne sommes restés ici que trop longtemps… Laissons la vieille maison à notre cousin Jaffrey !… Vous verrez qu’il en aura bien soin. »

Hepzibah remarqua seulement alors que Clifford avait un manteau sur les épaules, — un manteau d’autrefois, dans lequel il restait constamment emmitouflé, pendant ces humides et froides journées où le vent d’est n’avait cessé de régner. Les signes qu’il lui faisait de la main, — autant qu’elle les pouvait com-