Page:Hawthorne, La maison aux sept pignons, Hachette, 1886.djvu/304

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d’y faire allusion), j’ai aussitôt devant moi l’image, — ou l’apparition, si vous aimez mieux, — d’un homme âgé, à la physionomie remarquablement austère, assis dans un grand fauteuil en bois de chêne, et mort, absolument mort, avec une fort vilaine tache de sang sur le devant de sa chemise… Mort, mort, vous dis-je,… mais les yeux tout grands ouverts !… Tel que je me le rappelle, il répand le deuil par toute la maison… Jamais je n’y pourrais vivre, jamais y être heureux, jamais y remplir la mission pour laquelle Dieu m’a placé dans ce bas monde. »

Ici son visage s’obscurcit et parut se contracter, se flétrir, comme s’il avait pris vingt années en une minute}.

« Non, monsieur, jamais ! répéta-t-il : jamais je n’y respirerais à mon aise !

— Je n’ai aucune peine à le croire, dit le vieux gentleman, qui commençait à examiner Clifford très-sérieusement, et dont la physionomie exprimait une sorte d’appréhension… Je ne comprendrais même pas qu’il en fût autrement, monsieur, avec une idée pareille dans votre tête !

— Oh ! certainement non, continua Clifford ; et ce serait un grand soulagement pour moi si on pouvait abattre ou incendier la maison susdite, — en débarrasser la surface de la terre, — et sur la place qu’elle occupait faire pousser un épais gazon… Ce n’est pas que je veuille jamais la revoir, nielle, ni l’emplacement sur lequel on l’a bâtie… Effectivement, monsieur, plus je m’en éloigne, plus je sens renaître en moi la sérénité, la fraîcheur d’impressions, les battements de cœur de ma jeunesse, et, — pourquoi ne pas le dire ? — ma jeu-