Page:Hennique - Pœuf, 1899.djvu/94

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pœuf.

vant. Et je me le répétai avec une joie vengeresse, la face ruisselante de sueur, le cœur ulcéré contre cette Marie, cette perfide Marie qui, là, en quelques minutes, dans sa robe rose d’autrefois, venait de me jouer le tour de m’oublier. « Qu’allait penser l’ordonnateur en apprenant que sa fille… ? » Les deux sous, la pièce de deux sous neuve dont elle m’avait gratifié, sonnant alors, par hasard, au milieu d’une poche où ma main, depuis un instant, tournait et retournait un sifflet d’étain, une bille d’agate, de la ficelle, mon mouchoir, je la saisis et la lançai au loin, les yeux clos, afin de ne pas voir où elle se perdrait. « Car je ne me sentais pas coupable, n’avais pas mérité qu’on me préférât un dadais, un grand dadais, un sot !… une espèce de crétin !… un imbécile à museau de racoon ! »

Une seconde, — tandis que naissait en moi, par jalousie, l’idée que Barrateau devait avoir été le rival de Pœuf, — je me promis d’abandonner la maison paternelle, de gagner une montagne, de me creuser une grotte, d’y vivre de racines et de fruits sauvages, hors du monde, à l’exemple de certain ermite du Chimboraço dont on m’avait prêté l’histoire ; mais, une idée beaucoup plus pratique ne tardant point à m’inciter, somme toute, je résolus de choisir une autre bonne amie. « Laquelle ? » Vêtues de blanc, de bleu, de rose, des