Page:Henri Poincaré - Dernières pensées, 1920.djvu/243

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et des craintes des autres? Je n'hésite pas à répondre : elles sont aussi vaines les unes que les autres. Il ne peut pas y avoir de morale scientifique ; mais il ne peut pas y avoir non plus de science immorale. Et la raison en est simple ; c'est une raison, comment dirai-je ? purement grammaticale.

Si les prémisses d'un syllogisme sont toutes les deux à l'indicatif, la conclusion sera également à l'indicatif. Pour que la conclusion pût être mise à l'impératif, il faudrait que l'une des prémisses au moins fût elle-même à l'impératif. Or, les principes de la science, les postulats de la géométrie sont et ne peuvent être qu'à l'indicatif ; c'est encore à ce même mode que sont les vérités expérimentales, et à la base des sciences, il n'y a, il ne peut y avoir rien autre chose. Dès lors, le dialecticien le plus subtil peut jongler avec ces principes comme il voudra, les combiner, les échafauder les uns sur les autres ; tout ce qu'il en tirera sera à l'indicatif. Il n'obtiendra jamais une proposition qui dira : fais ceci, ou ne fais pas cela ; c'est-à-dire une proposition qui confirme ou qui contredise la morale.

Et c'est là une difficulté que les moralistes rencontrent depuis longtemps. Ils s'efforcent de démontrer la loi morale ; il faut le leur pardonner puisque c'est là leur métier ; ils veulent appuyer la