Page:Henry - Les Littératures de l’Inde.djvu/95

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le terrain perdu, c’est ce que l’on comprendra mieux, peut être, après avoir lu le chapitre suivant. Mais on se tromperait fort, ici comme partout, en prenant les statistiques à la lettre : mortes dans l’Inde, ces doctrines s’y survivent par leurs effets et y sont plus vivantes, en un certain sens, que le brahmanisme qui les recouvre. Le bouddhisme a popularisé, sous la seule forme où la masse les pût saisir, les propositions les plus hardies de l’ancienne philosophie. Il a imprégné le peuple de son esprit, en bien et en mal : pitié universelle, même envers les animaux, et exquise douceur de mœurs, mais aussi résignation passive qui confine à la veulerie. À travers l’innombrable variété des symboles qu’elles adorent, c’est encore lui qui fait l’unité religieuse de toutes les âmes hindoues.

Lorsqu’on s’adresse aux masses, il faut parler leurs langues. Le bouddhisme du Nord est le seul qui s’exprime en un sanscrit plus ou moins pur, souvent fort mélangé. Celui du Sud a sauvé et propagé au loin une dialecte prâcrit, le pâli, dans lequel est rédigé tout son énorme canon. Quant aux jaïnistes, ils ont pour organes divers dialectes prâcrits[1] suivant qu’ils appartiennent à l’une des deux sectes rivales des Çvêtâmbaras « vêtus de blanc », ou des Digambaras « vêtus de l’air du temps », c’est-à--

  1. Beaucoup d’ouvrages jaïnistes ont été postérieurement retraduits en sanscrit, mais ne sauraient passer pour de véritables documents littéraires de cette langue.