Page:Hippocrate - Œuvres complètes, traduction Littré, 1839 volume 1.djvu/518

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en regard des trois autres dialectes, était une forme unique du langage grec, sans division ni variété ; or, cette supposition est une erreur ; et, du temps d’Hérodote et d’Hippocrate, l’ionien parlé et par conséquent écrit se divisait, à son tour, en quatre dialectes : « Les Ioniens, dit Hérodote, liv. I, c. 142, ne parlent pas tous le même langage, mais leur langage a quatre formes particulières. Milet, la principale de leurs cités, et située vers le midi, puis Myus et Priène, toutes trois en Carie, parlent le même idiome. Les cités suivantes qui sont en Lydie, Ephèse, Colophon, Lébedos, Téos, Clazomènes et Phocée, ne parlent pas comme les cités précédentes, mais parlent toutes de la même manière. Des trois autres cités ioniennes dont deux sont insulaires, Samos et Chios, et la troisième, Erythres, est continentale, Chios et Erythres ont la même langue ; mais les Samiens seuls ont un dialecte à part. Tels sont les quatre variétés du langage ionien (οὗτοι χαρακτῆρες γλώσσης τέσσαρες γίνονται). »

Ainsi un témoin irrécusable, Hérodote, celui que les grammairiens ont considéré comme la règle de l’ionisme, nous apprend que, dans la grande confédération ionienne composée de douze cités, parlant toutes l’ionien, on distinguait quatre variétés de langage, variétés que l’historien appelle caractères de la langue ionienne. Il y avait donc du temps d’Hérodote et d’Hippocrate une langue ionienne parlée ; et M. Struve remarque avec raison qu’il ne faut pas entendre ce terme de dialecte ionien comme on le fait ordinairement quand on y rapporte les formes épiques d’Homère et d’autres poètes[1]. Ce dialecte avait à son tour des dialectes. Or, je pense que nous avons, dans Hérodote et dans Hippocrate, des textes appartenant à deux dialectes du dialecte ionien.

Hermogène nous apprend que Hécatée de Milet s’était servi d’un ionien pur et non mélangé comme celui d’Hérodote [2]. Ainsi voilà un

  1. Ionicam dico dialectum non ex communi loquendi ratione, quæ epicas Homeri aliorumque formas etiam huc retulit. Struye, Quæst. de Dialecto Herodoti specimen III, p. 1.
  2. Τῇ διαλέκτῳ δὲ ἀκράτῳ ἰάδι, καὶ οὐ μεμιγμένῃ χρησάμενος, οὐδὲ κατὰ τὸν Ἡρόδοτον ποικίλῃ. De Form. Orat., lib. II, Περὶ Ἑκαταίου.