Page:Hirsch - Un vieux bougre, 1908.djvu/244

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
240
UN VIEUX BOUGRE

— Ah ! p’is l’ reste aussi, autant dire !

Il lui prit les mains et il les serra, ajoutant :

— C’ que j’ai à vous dire, parions qu’ vous l’ savez ben ?

Elle frémit toute, à la soudaineté de ce contact : et, pour le prolonger, elle s’abstint de répondre. Roubeau la lâcha, s’excusant :

— J’ voulais point vous offenser…

Tant d’inexpérience et une vigueur si neuve irritèrent en elle les forces prêtes à se donner :

— Mon p’tit Jean ! s’écria-t-elle.

Il répétait :

— J’ savais pas ! J’ savais pas !…

Et il l’étreignait, livrant sa bouche, surpris des baisers de Mlle Youyou qui n’étaient point des baisers de villageoise. Elle, jamais l’amour ne l’avait sollicitée avec cet acharnement ; elle pâmait, les paupières closes, afin que rien ne s’échappât plus de son corps en espoir de joie. Il pesait comme le fruit à cueillir, mais volontairement lourd aux bras qui l’emportaient, pour en éprouver les muscles jeunes.