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869 ALEXANDRE (Russie) 870
pularité qu’un système tout différent lui avait acquise. Au désespoir sans doute de voir échouer ses plus beaux projets et de lutter contre des difficultés trop réelles, Alexandre se lassa des travaux que lui imposait sa position : il rechercha des émotions nouvelles dans les jouissances de la vie privée, et s’abandonna à une dévotion voisine du mysticisme.

Frappés de l’immense contraste entre ce qu’ils avaient vu en France pendant l’occupation, et ce que leur patrie leur offrait ; humiliés de la position précaire dans laquelle ils se trouvaient vis-à-vis du pouvoir, et animés du désir de mettre fin aux abus qu’ils remarquaient partout dans les administrations et dans les tribunaux, plusieurs centaines de jeunes Russes, appartenant à la haute classe, les uns militaires, d’autres employés civils ou lettrés, conspirèrent contre le gouvernement de leur patrie. Sans bien se rendre compte de ce qu’ils mettraient à la place du pouvoir qu’ils se proposaient d’abattre, et, dans le fait, sans avoir étudié les véritables besoins de la nation, ils crurent que, pour régénérer la Russie, le premier pas à faire était de livrer à la mort l’empereur avec toute sa famille, et dans cet espoir ne reculèrent point devant un attentat odieux qui, loin de sauver le pays, en aurait fait la proie d’ambitieux habiles à profiter, pour leur propre fortune, de l’enthousiasme inconsidéré de leurs jeunes compagnons. Cette conjuration de jeunes Russes, divisés d’opinions et d’intérêts, s’appuya sur une autre conspiration qui se tramait en Pologne, et dont l’indépendance nationale était le but avoué. Ne se doutant pas du volcan sur lequel il marchait, et dont son inépuisable bonté aurait dû détourner les périls, Alexandre suivit son épouse malade dans les provinces méridionales de l’empire, dans l’intention de lui faire oublier par des soins affectueux et empressés un délaissement qu’elle n’avait pas mérité, et qu’il se reprochait amèrement. Avant de quitter sa capitale il se rendit au couvent de saint-Alexandre Nefski, et fit célébrer, dit-on, le service des morts, à la suite peut-être des tristes impressions qu’avaient faites sur son âme les paroles d’un ermite dont il avait visité la lugubre cellule (Les derniers jours du défunt monarque et empereur Alexandre Ier ; Saint-Pétersbourg, in-8°, 1827.)

« Il est certain, dit Mme de Choiseul-Gouffier (Mémoires historiques sur l’empereur Alexandre et la cour de Russie ; Paris, in-8°, 1829, pag. 357), qu’Alexandre, longtemps avant sa mort, nourrissait les plus sinistres pressentiments. Ce prince, dit-on, ne put maîtriser son attendrissement en recevant les adieux de sa famille, de la cour ; et en sortant de Pétersbourg il fit arrêter sa voiture, se retourna pour considérer encore quelques instants cette ville superbe, et l’expression mélancolique de son regard semblait adresser aux lieux qui l’avaient vu naître un triste et dernier adieu. » Arrivé à

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Taganrog, port situé sur la mer d’Azof, Alexandre s’occupa des arrangements nécessaires à l’installation de son épouse qui devait y passer quelques mois, et partit ensuite pour la Crimée, afin de visiter encore cette belle portion de son empire. Il y fut attaqué de la fièvre endémique, et revint en toute hâte à Taganrog. La conspiration tramée contre lui venait d’être découverte : déjà souffrant, Alexandre apprit le sort qui lui était réservé ; et la conscience qu’il avait de ses bonnes intentions et de son amour pour ses sujets, jointe aux horribles mystères que la police de l’empire venait de percer, le jeta dans un accablement si profond qu’il souhaita la mort, et qu’il refusa les remèdes dont on pouvait attendre sa guérison. Il mourut le 1er décembre 1825, à l’âge de quarante-huit ans ; l’impératrice Elisabeth le suivit au tombeau le 16 mai 1826.

Nous terminerons cette notice par ce jugement de Napoléon : « Alexandre est un homme infiniment supérieur à l’empereur François et au roi de Prusse. Il a de l’esprit, de la grâce, de l’instruction ; est facilement séduisant. Mais on doit s’en défier ; il est sans franchise ; c’est un vrai Grec du Bas-Empire. Toutefois n’est-il pas sans idéologie réelle ou jouée : ce ne serait du reste, après tout, que des teintes de son éducation et de son précepteur. Croira-t-on jamais ce que j’ai eu à débattre avec lui ? Il me soutenait que l’hérédité était un abus dans la souveraineté, et j’ai dû passer plus d’une heure à user toute mon éloquence et ma logique à lui prouver que cette hérédité était le bonheur et le repos des peuples. Peut-être aussi me mystifiait-il ; car il est fin, faux, adroit … Il peut aller loin. Si je meurs ici, ce sera mon véritable héritier en Europe. Moi seul pouvais l’arrêter avec son déluge de Tartares, etc., etc. » (Las-Cases, t. II, p. 365 et 366.) [Extr. en partie de l’Enc. des g. du m.]

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