Page:Hoffmann - Les Bijoux fatals ou Mademoiselle de Scudéri, Roman complet no 6, 1915.djvu/56

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tier. J’étais d’une activité infatigable et bientôt l’art du joaillier n’eut plus de secrets pour moi. Je devins le premier maître de Paris. Alors ce penchant naturel que j’avais moi-même essayé de vaincre, reparut avec une violence irrésistible. Ce fut une passion qui envahit mon cœur comme un torrent renversant tout obstacle. Chaque fois que j’avais achevé et livré un bijou, j’étais en proie à une anxiété, à un chagrin qui me minait la santé. J’avais des insomnies, des spectres affreux me hantaient, je voyais nuit et jour parée de mes joyaux la personne à qui je les avais vendus et j’entendais une voix mystérieuse me dire sans cesse : « C’est à toi, c’est à toi, prends donc. »

Je ne tardai pas, obéissant à mon instinct, à devenir escroc. Appelé souvent dans les maisons des grands, je profitais de la confiance que l’on avait en moi et à la première occasion, forçant les serrures qui ne résistaient pas à mon adresse, je faisais main basse sur la parure que j’avais fabriquée, mais j’avais beau rentrer en possession des bijoux, mon inquiétude ne se calmait pas et la voix mystérieuse me répétait toujours : « Oh ! oh ! c’est un mort qui porte tes bijoux. » Je ne compris pas tout d’abord le sens de ces paroles, mais peu à peu je ressentis pour tous ceux auxquels j’avais livré quelques parures, une haine indicible et j’éprouvais une soif de meurtre qui me faisait trembler moi-même.

Ce fut à cette époque que j’achetai cette maison. L’affaire était conclue. J’étais satisfait de mon acquisition, et, pour témoi-