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LABRADOR ET ANTICOSTI

trouver au-dessus du prolongement de son corps, il fut saisi d’épouvante, s’éloigna précipitamment, et s’en revint à terre. Depuis, il n’a jamais osé retourner à cet endroit. — J’ai pu rencontrer ce pêcheur, du nom de Louis Lévêque, et l’interroger longuement sur ce qu’il a vu. Mais il n’en parle pas volontiers, disant que, si un autre lui racontait une apparition pareille, il ne le croirait pas. Il s’attend donc à de l’incrédulité chez ses auditeurs, et c’est pourquoi il aime mieux ne pas conter son aventure. Je laisse au lecteur le soin de se former une opinion sur le fait étrange qu’il vient de lire. S’il a déjà avalé tout rond quelque serpent de mer, je ne vois pas pourquoi il ferait la petite bouche devant le monstre que je viens de lui servir.

* * *

Mercredi, 12 juin. — Nous devions, ce jour-là, partir en voiture pour Moisie ; mais le capitaine Marquis ayant fait venir sa goélette exprès pour nous y transporter, Monseigneur décida que nous prendrions passage à bord de cette embarcation. Vers dix heures, nous faisions nos adieux aux braves gens des Sept-Isles, et nous embarquions avec M. l’abbé Maltais. C’était la première fois que je mettais le pied sur une goélette, et je tombais vraiment bien pour cette première expérience : car la goélette du capitaine Marquis est un beau vaisseau, très bien fini et de la plus grande propreté ; elle est aussi bonne voilière. La brise de l’ouest soufflait fortement, et nous fûmes bientôt en dehors des îles montagneuses qui protègent la baie et s’aperçoivent de bien loin à l’est. Malheureusement la brise diminua et fit même place au calme. Le calme est le grand fléau de la navigation. La raison en est naïve, à force d’être évidente : on navigue pour avancer ; et durant le calme, on n’avance pas. Et même on recule, quand on a contre soi le flux ou le reflux de la mer, comme il nous arriva justement. Grâce à de petites brises qui s’élevaient de temps à autre, nous refaisions à la fin, et même un peu plus, la route que le montant nous faisait