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MAGPIE — SAINT-JEAN

l’ancre devant Magpie, nous apportant un courrier abondant et varié.

Le dicton populaire prétend qu’un malheur n’arrive jamais seul. Je suppose qu’une loi pareille gouverne les événements heureux. Car non seulement le steamer nous apportait la poste, mais, bonheur encore bien plus grand, il nous emmenait aussi un aimable compagnon de voyage, dans la personne de M. l’abbé R. Lagueux, professeur à la faculté de théologie de l’Université Laval. Nos « Paspébiacs », informés de l’événement, y allèrent de leur habituel entrain. Plusieurs embarcations se rendirent au large à la rencontre du voyageur, et de terre une fusillade bien nourrie salua son arrivée, au complet ébahissement de plusieurs Yankees, passagers du Str Otter, qui s’expliquèrent difficilement qu’on pût donner tant d’éclat au débarquement d’un compagnon de voyage en qui ils n’avaient pas su deviner un personnage.

* * *

La mission s’est terminée, ce matin, de façon très solennelle par une messe pontificale, dont les splendeurs ne rappelaient sans doute que de bien loin les grandes cérémonies de la Basilique de Québec, mais qui toutefois suffirent pour émerveiller les Magpiens, dont la plupart n’avaient jamais rien vu de si beau. Ils devaient, du reste, être bien contents d’assister dans leur église à la première messe pontificale qui ait été célébrée au Labrador. Et ce qui, aux yeux de ces braves gens, donnait un prix singulier à la faveur dont ils étaient l’objet, c’est que cette solennité avait lieu précisément le jour de la fête de saint Pierre, qu’ils regardent comme le patron des pêcheurs. Quoique, dans ces dernières années, l’autorité ecclésiastique ait enlevé la défense de s’occuper des œuvres serviles le jour de la Saint-Pierre, nos pêcheurs n’entendent pas travailler ce jour-là : c’est leur fête.

D’ailleurs les Paspébiacs n’ont pas davantage consenti à pêcher, tout le temps qu’a duré la retraite. Quoique la visite