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LABRADOR ET ANTICOSTI

truire ici des palais luxueux, puisque toutes passent dans les bois la plus grande partie de l’année ; un métis seulement réside en permanence à Mingan.

Les sauvages arrivent à la mer en avril, mai et juin. La mission, donnée par un Père oblat, a lieu au commencement de juillet. À la fin de ce même mois, on part pour l’intérieur des terres, où l’on s’enfonce jusqu’à trois, quatre et cinq cents milles. Parfois, durant l’hiver, quelques-uns se rendent jusqu’à la baie des Esquimaux pour chercher des provisions, quand ils ont épuisé celles qu’ils avaient obtenues à Mingan et qu’ils paieront avec le produit de leur chasse de la saison suivante. Si la chasse n’est pas bonne, c’est souvent le marchand qui en subit les conséquences, comme je l’ai dit ailleurs ; car les sauvages n’entendent guère que des dettes puissent vieillir sans s’éteindre !

Des marchands que le succès ou l’insuccès de la chasse future n’inquiètent guère, ce sont les traders, c’est-à-dire les commerçants qui viennent de n’importe où avec des goélettes chargées de marchandises de tout genre. Eux aussi font la traite des fourrures avec les sauvages ; mais, à la différence des agents et des marchands de la Côte, ils ne vendent qu’au comptant, ne livrant les marchandises que pour des fourrures présentes au contrat. Ce ne sont pas eux qui encouragent les gens à vendre d’avance la peau de l’ours !

En moyenne, le sauvage gagne une centaine de piastres avec sa chasse de l’année. C’est loin du montant payé annuellement, par le Trésor de la Grande-Bretagne, à la reine Victoria ! À ce mince revenu, il faut sans doute ajouter la viande et le poisson que l’on se procure par la chasse et la pêche. On comprend toutefois comment il se fait que les banques du Canada montrent si peu d’empressement à établir des succursales parmi les indigènes.

La chasse n’est plus aujourd’hui ce qu’elle était autrefois, et l’on explique cette diminution par les ravages qu’ont exercés les feux dans les forêts. Du reste, on remarque que la chasse