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MINGAN — P0INTE-AUX-ESQUIMAUX

traits de l’attelage ; chacun de ses bouts, terminé par une ganse, passe dans une ouverture pratiquée à la partie antérieure de chaque « membre » du cométique et s’accroche à la tête de la première barre du cométique. Naturellement, il suffit de varier la longueur de ces traits, pour que les chiens soient à la file et espacés les uns des autres. Tout cet équipage peut atteindre une longueur d’une soixantaine de pieds ou plus, suivant le nombre de chiens que l’on a attelés.

Et tout cela part comme un ouragan ! Autant le chien est doux et soumis quand il n’est pas attelé, autant il est animé et presque féroce lorsqu’il est « sous les armes ». Les côtes à descendre ou à monter ne changent rien à son allure. Mais il ne faut répondre de rien si par malheur on rencontre en chemin quelque gibier : avant que vous ayez le temps de le reconnaître, voilà tout votre équipage qui s’est mis à sa poursuite ! Cela peut n’être pas amusant pour le conducteur, qui a parfois de la peine à ramener ses bêtes dans le droit chemin.

À ce propos, le lecteur se demande sans doute comment l’on dirige cet équipage. On comprend bien qu’il ne saurait être question d’avoir une ou deux guides pour chacun des chiens : cela mettrait dans l’affaire une telle complication, qu’il n’y aurait personne pour s’y reconnaître, avec la douzaine de lanières qu’il faudrait tenir en mains. C’est uniquement par la voix que l’on dirige les chiens. Si vous voulez les faire tourner à droite, vous n’avez qu’à crier : Hoc ! Hoc ! Hoc ! Pour la gauche, c’est Re-re ! Re-re ! Re-re ! Les interjections : Ha ! Ha ! Ha ! les font arrêter ; et pour les mettre en marche, il suffit de pousser quelques : Pouïtte ! Pouïtte ! Voilà tout le vocabulaire des cochers du Labrador. On m’a affirmé que ces expressions sont de l’esquimau authentique. Pour moi, je n’ai pas de peine à admettre cette assertion avec toutes ses conséquences, celle — entre autres — que tout cela appartient au « rameau finno-ongrien des langues ongro-japonaises ». Au lecteur je laisse le soin de se former là-dessus la conviction qu’il voudra… En tout cas, sous l’empire de ce jargon, sept ou huit bons chiens traî-