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BETSIAMIS

le monde ! Il dit lui-même, très pittoresquement, qu’il n’a laissé ici-bas d’autres cartes de visite que l’empreinte de ses raquettes sur les neiges du Nord. Eh bien, faisons-le un peu sortir, certes bien malgré lui, de cette obscurité si chère au religieux qui a pris pour devise le mot de l’ « Imitation » : Ama nesciri et pro nihilo reputari. Son nom, à lui aussi, mérite d’être inscrit dans nos annales : de concert avec le P. Arnaud, il s’est efforcé de guider la nation montagnaise vers le beau paradis du bon Dieu, tout en s’occupant d’explorer la partie nord-est de la Province jusqu’aux régions arctiques.

Quelque surprise qu’en doive éprouver le lecteur, je lui annonce tout de suite que le P. Louis-François Babel est un Suisse, presque Genevois, étant né, le 23 juin 1826, à Veyrier, gros village situé à trois milles de la capitale helvétique. Cela ne l’empêche pas, il est vrai, de prétendre qu’il n’est qu’un vieil « Ostrogoth ».

Le jeune Babel fit ses études classiques à Fribourg et à Mélan, sous la direction des Jésuites, qui avaient des collèges en ces deux endroits. Il allait finir son cours d’études, lorsque, un beau matin, il lui arriva de tomber dans des filets que la Providence avait tendus sur son chemin. C’était en 1847. Le P. Léonard, envoyé exprès de Montréal, parcourait les collèges de France et de la Savoie pour y recruter des sujets ; et l’une de ses captures fut précisément notre Louis-François, qui, dès le commencement du mois de mai 1847, entra au noviciat de N.-D. de l’Osier, en Dauphiné, où il prononça ses vœux d’Oblat une année après, le 8 mai 1848. De là, il fut envoyé au scolasticat de Marseille, et y reçut les ordres mineurs le 24 juin 1849. Après quinze mois de séjour à Marseille, il s’en va en Angleterre, au scolasticat de Maryvale, près Birmingham, et y reçoit le sous-diaconat (23 décembre 1849), puis le diaconat (21 juillet 1850). Il y avait bien un an et demi que le jeune Oblat résidait ainsi en Angleterre, où dès lors régnait Notre Très Gracieuse Souveraine Victoria, lorsque des troubles sérieux éclatèrent en ce pays, par suite du rétablissement de la hiérarchie