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LABRADOR ET ANTICOSTI

Il s’agissait, d’abord, de trouver une congrégation de religieuses enseignantes qui voulût bien se charger d’une fondation aussi pénible. Ainsi que l’a écrit Mgr Bossé, ces religieuses auraient à « surmonter l’effroi qu’inspire le nom seul de Labrador, pays sauvage et isolé, inabordable de l’extérieur pendant plus de six mois de l’année, au climat réputé — bien à tort — insupportable, privé de ressources fixes, sans aucun centre considérable, à près de 150 lieues de Québec, distance dont 90 lieues (du Sault-au-Cochon à la Pointe-aux-Esquimaux) ne pouvaient être franchies qu’à pied durant la moitié de l’année. »

Après avoir en vain frappé à la porte de plusieurs communautés de Québec et de Montréal, le Préfet apostolique réussit enfin à décider les Sœurs de la Charité, de Québec, à envoyer quatre religieuses au Labrador, pour essayer. Sœur Sainte-Martine fut désignée pour être la supérieure du couvent, elle qui n’avait jamais encore été mise à la tête d’un établissement. La sœur à qui échut le domaine de la cuisine, n’avait jamais, pas plus que ses compagnes, cuit un pain ni organisé une soupe. Tout finit pourtant par marcher parfaitement : la supérieure s’acquitta fort bien des devoirs de sa charge, et la cuisinière n’empoisonna personne.

Mgr Bossé avait d’abord acheté trois emplacements voisins, tout près de l’église, sur l’un desquels il y avait une maison. Bientôt il fit l’acquisition de deux autres maisons que l’on rapprocha de la première. Un peu plus tard, il acheta une belle propriété de cinq arpents de front, toute cultivable, où l’on aurait des pâturages, et où l’on récolterait force légumes de toutes sortes.

Cependant, il ne suffisait pas d’ouvrir un couvent. Il fallait aussi pourvoir à son existence pour l’avenir. Or, dans notre pays, il n’y a rien comme le gouvernement pour assurer l’existence de quoi que ce soit. Mgr Bossé ne manqua pas d’y songer ; et il s’en alla exposer aux ministres de la Province le besoin qu’avait la Préfecture d’une institution d’enseignement. On n’avait qu’à reconnaître ce couvent comme École industrielle ; et, grâce au