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LABRADOR ET ANTICOSTI

homme, je connais la Vieille ! Elle virera bien quand je le lui dirai ! » Elle avait pourtant toutes ses voiles hautes par la tempête de vent qu’il faisait et dans ce passage étroit et dangereux. Cela n’empêcha pas qu’au moment où il le fallut elle vira prestement et gracieusement comme un petit yacht de plaisance. La fière goélette !

C’est à Kégashka que se fixa le premier groupe d’Acadiens qui émigra des îles de la Madeleine. Il est vrai qu’à la même époque (1854 ou 1855) deux familles (Petit-Pas et Bourgeois) se dirigèrent vers le Blanc-Sablon ; mais elles n’y restèrent pas longtemps, et vinrent bientôt (1860) rejoindre leurs compatriotes qui s’étaient établis à la Pointe-aux-Esquimaux.

Donc, en 1854, les familles Boudreau, Harvey et Giasson arrivaient à Kégashka. Un an ou deux après, les Poirier, Gallant et Bourgeois viennent les rejoindre. Enfin, vers 1861 ou 1862, les familles Bourque et DeRaps arrivent à leur tour. Ces immigrants venaient tous de l’Étang-du-Nord.

Même dans ses plus beaux jours, la population de Kégashka n’atteignit jamais le chiffre de vingt familles. Ainsi que je l’ai noté ailleurs, tout ce monde commença à abandonner le poste en 1871 et 1872, et s’en alla se fixer à Betchewun (15 milles à l’est de la Pointe-aux-Esquimaux). Les Acadiens furent remplacés à Kégashka par des familles de la côte sud de Terre-Neuve, qui achetèrent leurs établissements. Quatre ou cinq ans plus tard, ces Terre-Neuviens quittèrent à leur tour cette localité.

Aujourd’hui, le poste de Kégashka est de nouveau habité. Six familles de langue anglaise, dont une seule est catholique, y sont établies.

Telle est l’histoire véridique de Kégashka ! Telles sont les vicissitudes des colonies du Labrador ! Tandis que, sous d’autres cieux, il faut des décades de siècles pour que les peuples succèdent aux peuples, ici quelques dizaines d’années suffisent à des transformations si étonnantes… Il n’y a que dans notre nouveau monde que les choses vont si vite.