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LABRADOR ET ANTICOSTI

vous avez écrite dessus ; et, s’il va lui-même à Betsiamis ou à tout autre endroit que vous avez indiqué, il prendra la lettre et la portera fidèlement à destination.

Qui sait si, dans deux mois, vous ne trouverez pas quelque part, à votre tour, une écorce vous indiquant certaine cache où un sauvage, revenant de la Côte, a déposé pour vous le Tshishtekükan que le bon P. Arnaud vous envoie, ou le Pain Killer que vous avez demandé à la vieille Montagnaise. Il y a aussi une lettre du Père, qui recommande de bien dire les prières, matin et soir. La grand’mère, elle, dit à son filleul de ne pas s’amuser à jouer avec les ours tant qu’ils sont en vie.

— Eh bien, que dit-on de la poste montagnaise ? N’est-ce pas ingénieux, ce système de communication ? Il est vrai, comme je l’ai dit, que ce n’est pas rapide ; mais l’inconvénient est léger pour les sauvages, qui généralement sont doués de beaucoup de patience, surtout pour ce qui est de la correspondance. Il ne manque pas de blancs qui poussent fort loin la temporisation en matière épistolaire, et qui ne mettent guère de zèle à profiter des avantages postaux qui sont à leur portée !

Le plus grand souci du sauvage, en temps de chasse, ce n’est pas d’écrire des lettres. Ce n’est pas non plus, à vrai dire, de chasser. C’est, avant tout, d’avoir tous les jours de quoi manger — C’est beaucoup comme chez nous, où il y a tant de gens qui ne travailleraient guère, si la question du pain quotidien ne les poussait. Mais tandis que, chez les blancs, il y a des individus qui n’ont pas à se préoccuper de leurs moyens de subsistance et qui travaillent quand même, à seule fin d’augmenter leur fortune, le sauvage ne songe pas le moins du monde non seulement à s’acquérir des ressources pour ses vieux jours, mais même à ménager les provisions qu’il emporte dans la forêt, pour le cas où la chasse manquerait.

Et ces provisions de bouche dont il se munit pour le temps de la chasse, c’est souvent, pour une seule famille, sept ou huit barils de farine, et tout le reste en proportion. En un mot, il