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BETSIAMIS

pour lui comme pour tant d’autres, des circonstances se sont présentées qui le mettaient sur la voie. Son mérite, c’est d’avoir su profiter des circonstances ! Tout est là, dans la vie, qu’il s’agisse du spirituel ou du temporel.

C’était vers 1868. Un Français, Alfred Lechevalier, vint en Amérique dans le but de se procurer des spécimens d’histoire naturelle pour les musées d’Europe. Comme il n’y a pas un endroit de l’univers où l’on ne rencontre un Canadien, l’étranger, nouvellement débarqué à New-York, trouva, dans l’hôtel où il était descendu, un chasseur de Rimouski, nommé Henri Parent. On causa, et Lechevalier mit son commensal au fait de ses projets ; ce qu’il tenait surtout à obtenir, c’étaient des spécimens de l’aigle à tête blanche. Parent, qui connaissait la Côte Nord pour y avoir fait la chasse au loup marin, assura au Français qu’il trouverait cette espèce d’aigle à Manicouagan. Manicouagan, ce n’est pas à la porte de New-York ! Lechevalier essaya donc de l’art épistolaire ; mais il en fut pour ses frais. Personne ne répondit à ses lettres. Il prit alors le vrai moyen de se renseigner, celui de se rendre sur la Côte Nord.

Le P. Arnaud, revenant un jour du Saguenay, aperçut une goélette mouillée dans la baie de Betsiamis. D’un canot qu’il rencontra, il apprit qu’il y avait là un naturaliste français. C’était Lechevalier, qu’il trouva très occupé à dépouiller un oiseau. — Mais il était bien temps de venir chercher des aigles à tête blanche ! On ne les avait pas prévenus de la visite du Français ; et, maintenant que les petits étaient élevés, « tout le monde » était parti pour d’autres cieux. C’est le parti que dut prendre aussi Lechevalier.

Mais, l’automne, il revint à Betsiamis, et resta chez les Pères jusqu’au mois de janvier. Ce fut alors que l’on « posa la première pierre » du musée de Betsiamis, en empaillant une poule ; poule qui est encore là, pour témoigner qu’il est toujours facile de commencer une riche collection, puisqu’il suffit pour cela d’une seule pièce.

Du reste, l’humble volaille ne fut pas longtemps solitaire.