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LABRADOR ET ANTICOSTI

bonne grâce parfaite, l’an dernier, il s’était procuré un kodak, et il prit beaucoup de vues dans son expédition au Labrador. Or, quand il s’adressa au photographe pour faire « développer » ses clichés, on lui dit qu’il les avait tous pris sur le même point de la bande de papier sensibilisé ! Il n’avait oublié qu’un petit détail : après chaque épreuve, tourner la clef qui fait avancer cette bande de papier, ce qui a pour effet de présenter à la lentille une nouvelle surface préparée.

Je me trouvais donc en face d’un problème bien embarrassant, et je ne savais comment en dégager l’inconnu, quand M. Comeau vint à mon secours. Ce diable d’homme sait tout ! En un clin d’œil il me mit au fait de tous les secrets de l’art du kodak. Je me sentis aussitôt saisi d’une telle passion de kodaquer, que je partis sur-le-champ et fis une marche de deux milles, sous un soleil de feu et sur un sable mouvant, pour trouver un endroit favorable, afin de prendre une vue du petit village de Godbout. Ce que c’est que l’amour de l’art !

***

Monseigneur ayant terminé la mission mercredi matin, nous devions partir ce matin-là même. Mais le vent était contraire ; nous serons d’ailleurs presque toujours à sa merci durant ce voyage. Il faut dire que lundi et mardi, le nord-est avait soufflé en véritable ouragan. L’eau poudrait sur la mer, comme le sable ; cela ressemblait beaucoup aux plus violentes tempêtes de nos hivers. Les maisons frémissaient de fond en comble à chaque nouvelle rafale, et je m’attendais bien à en voir quelqu’une s’élever dans les airs ; ma terreur fut même plus grande que je ne veux le dire. Mais il parait que ces maisons sont habituées aux fêtes de ce genre ; car toutes restèrent bien à leur place, y compris la pauvre vieille chapelle, qui geignait pourtant bien fortement sous l’effet du vent. Par exemple, les quelques familles sauvages qui étaient campées aux alentours, durent abattre leurs tentes et chercher refuge dans les maisons voisines.