Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/122

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


obscur. La femme est jolie ; ce n’est pas un grand esprit comme vous, mais c’est, comme vous, un noble et bon cœur.

Je viens d’achever un livre de quelque deux cents pages, sur tout ce que nous voyons. Cela vous arrivera un de ces jours, dans un ballot de contre-bande, dans une barque de poisson ou dans un bateau de fonte brute. Si ce livre vous tombe dans les mains, et s’il vous soulage un peu dans votre exil de Paris, j’en serai content. Il vous aura rendu un peu du bien que me font vos lettres. Il paraîtra dans un mois. Londres met tout ce temps-là à imprimer deux cents pages.

Je vous lis assidûment tous les lundis ; vous avez l’art de rester puissant et de paraître libre sous le joug. C’est un miracle. J’admire cela de vous, et bien autre chose encore.

On me dit qu’après mon livre publié, le Bonaparte me rayera de l’Académie. C’est bien possible et fort simple ; il a pris d’autres libertés. Si cela arrive, Janin, je vous lègue mon fauteuil. Je n’aurai qu’un regret, ce sera de ne pouvoir vous recevoir. Comme je vous ferais les honneurs de chez moi !

À bientôt, à toujours. Je me porte bien, j’ai pourtant depuis six mois des douleurs assez opiniâtres au cœur. C’est un peu notre maladie, à nous autres. Nous vivons par là, il est juste que nous mourions par là. Dieu est grand.

Je vous serre les deux mains. Vale et me ama.

Victor H.[1]


À Madame Victor Hugo[2].


6 juillet. Bruxelles.

Chère amie, ne compte pas ce petit mot. Dès que je serai hors de mon livre, je t’écrirai une bonne longue lettre. Ceci est pour aller au plus pressé.

M. Vanderlinden se trouvait avoir la grande procuration générale préparée dès décembre dernier. La voici. Elle convient à merveille. M. Vanderlinden y joint le modèle de la contre-lettre qui devrait m’être écrite par celui de mes amis qui sera censé m’avoir fait le prêt. Il est d’avis que cette contre-lettre est nécessaire à cause des décès possibles ; les familles pourraient de très bonne foi réclamer la dette, et il faudrait payer. Avise à cela. Il est d’avis aussi qu’il vaut mieux que les droits d’auteur et l’Institut soient délé-

  1. Clément-Janin, Victor Hugo en exil.
  2. Inédite.