Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/123

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gués à une personne amie, et non à d’autres qui pourraient tracasser, comme Aubin, par exemple. Je t’écrirai spécialement pour Aubin.

Je serai probablement obligé pour ce que tu sais de quitter Bruxelles le 14 ou le 15 juillet. J’irai préparer les logements à Jersey. En ce cas-là pourrais-tu attendre huit jours environ à Villequier ? De là, tu irais directement à Jersey en dix ou douze heures. Ce trajet n’est rien, et il y a peu de mer. Si tu aimais mieux venir tout de suite à Bruxelles, je t’attendrais, mais il faudrait repartir presque tout de suite pour Londres et faire le grand tour. Ce n’est peut-être pas très sage. Décide pourtant. Ce que tu voudras sera bien. Et plus tôt je te verrai, plus je serai heureux. — Ainsi que toi, ma petite Adèle bien-aimée Dédé. — Et toi, mon pauvre Toto. — Venez-nous bien vite. — Il faudrait faire tout mettre dans des caisses, mais les laisser à Paris à la garde de quelque ami qui se chargerait de nous les envoyer où nous serions fixés définitivement. L’argenterie paie un gros droit pour entrer en Belgique.

Aie soin de mes trois grands dessins, et du grand grand qui était sur le lit. On pourrait les rouler tous autour d’un manche à balai qu’on recouvrirait de toile cirée. Où as-tu fait placer les meubles qui nous restent, le lit, les statues, le vase, les bustes, les fauteuils, etc. ? Si tu n’as pas d’endroit, dis-le moi. Je t’en indiquerai un. J’avais aussi des volumes très précieux, Ronsard, l’Histoire de Paris, ma Bible, etc. Je pense que tu as tout mis en sûreté. Remercie Auguste de sa bonne et charmante lettre. Je lui écrirai, mais j’aimerais bien mieux le voir. Est-ce qu’il ne viendra pas un peu ? Avertis Victor qu’il faut qu’il se trouve prêt à venir dans huit jours ou dix au plus tard me rejoindre. La publication du livre rendra la France impossible à ma famille. Il y aurait danger sérieux, l’homme étant donné. Chère amie, j’espère que tu seras contente. — Moi, j’ai le cœur plein de toi, tu es bonne, tu es grande, tu es noble, tu es généreuse. Je t’embrasse les larmes aux yeux et je te baise les mains. Dis mille tendresses à Auguste et à Meurice, et mille hommages à madame Paul. J’embrasse mes chers enfants.

Charles travaille bien. Presse la rentrée des 6 000 francs[1].


À Madame Victor Hugo.


Bruxelles, 13 juillet [1852].

Toujours à la hâte, chère amie. Il importe que cette lettre t’arrive avant ton départ pour Villequier.

  1. Bibliothèque Nationale.