Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/208

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âmes. Moi je faisais foule, et j’applaudissais. Quelle idée de femme que cette pièce ! Et quelle idée de poëte ! Je m’aperçois que je radote de ce bijou, et que je ne vous parle pas du tout de ce qui devrait remplir cette dernière page. Ah ! ça, est-ce que vous ne reviendrez pas cette année à Jersey ? Je mets mon île dans un cornet de papier et je vous l’offre. Daignez accepter ce bouquet.

Nous avons acquis quelques talents depuis l’an passé. Si vous veniez vous nous trouveriez montant à cheval et galopant le long de la mer. L’autre jour le colonel Téléki[1], après un quart d’heure de vif galop, s’est tourné vers nous et nous a dit : Bravo, cosaques ! Voilà un compliment. Je mets cette gloire à vos pieds[2].


À M. G. N. Sanders[3].


Marine-Terrace, 31 octobre 1854.

Quand vous écrivez, monsieur, c’est votre âme qui écrit, une âme haute et libre. Vous êtes digne de parler à la France, et de parler au nom de l’Amérique. À quelques égards nos points de vue diffèrent, et c’est tout simple. Mais le fond de nos cœurs est le même ; vous voulez ce que nous voulons, la dignité de l’homme et la liberté du monde. Je vous applaudis jusqu’à vous aimer. Vous vous êtes donné à vous-même une noble mission ; continuez-la. Continuez votre beau et saint travail de propagande ; dites la vérité à tous, à la France esclave qui a jadis aidé l’Amérique, à l’Amérique libre qui doit aujourd’hui aider la France. Ni vous ni moi, permettez-moi de rapprocher mon nom du vôtre, ne sommes gens à flatter les peuples. Disons-leur donc leurs vérités afin de leur rendre leurs grandeurs. Le jour où l’Amérique voudra, la France pourra ; le jour où la France pourra, le monde vivra.

Cher concitoyen de la grande république unique, je serre cordialement votre main loyale.

Victor Hugo[4].
  1. Ladislas Téléki, homme politique hongrois, député de Pest en 1848, vint en France pendant la révolution hongroise pour y demander des secours. Il fut condamné à mort par contumace, mais fut bientôt gracié et réélu à la diète hongroise.
  2. Archives Spoelberch de Lovenjoul.
  3. Inédite. — Sanders, consul des États-Unis à Londres. Le sénat américain refusait de confirmer sa nomination parce qu’il s’associait aux revendications de tous les proscrits résidant à Londres, Kossuth, Mazzini, Herzen, Garibaldi, Ledru-Rollin, etc. Sanders protesta et Victor Hugo lui adressa cet encouragement.
  4. Communiquée par la « Library of Harvard University Cambridge. Massachusetts ».