Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/209

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


À Alexandre Dumas.


Marine-Terrace, 17 novembre 1854.
Mon cher Dumas,

Un ami coupe dans un numéro de votre Mousquetaire quatre lignes et me les envoie.

Dans ces quatre lignes vous avez su mettre deux grandes choses, votre esprit et votre cœur.

Je vous remercie de me dédier votre drame, la Conscience[1]. Ma solitude avait quelque droit à ce souvenir. Cette dédicace, si noble et si touchante, me fait l’effet d’une rentrée dans mon foyer. C’est une joie pour moi de penser que je suis en ce moment à Paris, et présent dans un succès d’Alexandre Dumas.

On m’écrit que le succès est grand et que l’œuvre est profonde. L’œuvre et le succès ressemblent à mon amitié pour vous.

Cher compagnon de luttes, grand et glorieux confrère, je vous serre dans mes bras[2].


À Jules Janin.


Marine-Terrace, 26 décembre 1854.

Vous avez fait un livre[3] où il y a ce que Cicéron appelait le quid divinum. Prenez-en votre parti ; c’est tout simplement un livre adorable. Ce sont des confessions, ce sont des confidences, c’est un testament, c’est un hymne, c’est une chanson, c’est un poëme. La splendeur y est grâce et la grâce y est splendeur. Cela va, vient, court, revient, pense, sourit, pleure, creuse et s’envole. C’est l’histoire de notre cœur, de notre esprit, de notre bonheur, de notre deuil, de notre pays, de notre temps. Telle page touche à Rabelais, telle autre à Bossuet. D’effort, point. Vous allez de ce curé à cet évêque et de cet évêque à ce curé comme on va du B à l’R, tout simplement parce que toutes les lettres sont dans l’alphabet et tous les esprits dans votre esprit. Vous êtes royaliste, il y a ici un tas de républicains qui raffolent de votre livre ; vous êtes classique, et à tout moment j’entends des romantiques dire en vous lisant : mais c’est exquis ! mais c’est vrai !

  1. Drame représenté le 4 novembre 1854 au théâtre de l’Odéon.
  2. Archives de la famille de Victor Hugo.
  3. Histoire de la Littérature dramatique.