Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/283

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semble que je les revois à travers les belles pages que vous me faites lire aujourd’hui. Madame Bovary est une œuvre. L’envoi que vous avez bien voulu m’en faire ne m’est parvenu qu’un peu tard ; c’est ce qui vous explique le retard même de cette lettre.

Vous êtes, monsieur, un des esprits conducteurs de la génération à laquelle vous appartenez. Continuez de [tenir][1] haut devant elle le flambeau de l’art. Je suis dans les ténèbres, mais j’ai l’amour de la lumière. C’est vous dire que je vous aime.

Je vous serre la main.

Victor Hugo[2].


À Schœlcher[3].


Hauteville-House, 17 9bre 1857.

Vous avez raison de m’aimer un peu ; vous êtes un des hommes qui occupent le plus doucement ma pensée dans ce temps d’abjection et de nuit ; vous êtes à la fois fierté et lumière. Je vous aime comme un porte-bannière et comme un porte-flambeau.

Ce jeune homme, M. Bellier, est vraiment charmant et noble, et venant avec votre nom aux lèvres, il avait le vrai Sésame pour entrer chez moi. Aussi a-t-il été chaudement reçu par la table, et en lui serrant la main, il nous semblait que vous le sentiriez.

Travaillez, faites de bons et beaux livres, et portez-vous bien. La France n’est pas malade quand les hommes comme vous sont bien portants ; car la France, ce n’est pas l’empire, ce n’est pas la triste génération qui s’en va ; la France, c’est la liberté humaine ; la France, c’est la lumière universelle. -— Allez, tout est bien. La République est infaillible pour les peuples ; inévitable pour les rois, elle s’appelle l’avenir.

Je vous serre les deux mains.

Victor Hugo.

La table vous envoie ses plus tendres effusions.

Seriez-vous assez bon pour faire jeter cette lettre que voici à la poste ?[4]

  1. Le papier est déchiré à ce mot, qui manque.
  2. Archives de Chantilly. Collection Spoelberch de Lovenjoul.
  3. Inédite.
  4. Bibliothèque Nationale. Nouvelles acquisitions françaises.