Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/310

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À Hetzel[1].


Samedi 3 septembre [1859], Hauteville-House.

Je reçois aujourd’hui votre lettre de ... (pas de lieu), du (pas de date).

Je voudrais bien ne pas vous gronder, mais il faut pourtant que je le fasse un peu. Seulement mettez dans ces lignes le sourire et le serrement de main que j’y mêlerais si vous étiez là, et si, au lieu d’écrire, nous causions.

Vous vous plaignez des retards.

Savez-vous d’où ils viennent ?

Pas de moi, qui n’ai jamais fait attendre une épreuve une heure et qui les renvoie toujours toutes corrigées courrier par courrier. Demandez à Parfait.

Les retards viennent en partie des fautes de l’imprimeur belge, lesquelles abondent particulièrement dans la ponctuation, en dépit de Parfait qui est, du reste, et je le lui ai dit, un admirable correcteur. Ces fautes exigent très souvent de doubles épreuves.

Les retards viennent surtout de quelqu’un que j’aime beaucoup, mais qui ne répond guère à mes lettres, qui ne date point les siennes, de sorte qu’on ne sait où ni comment lui répondre, qui, (pour des motifs d’ailleurs bien douloureux et bien respectables) a été à peu près insaisissable depuis quatre mois, tantôt à Bruxelles, tantôt à Paris, le lendemain à Chartres, le lendemain à Strasbourg, le surlendemain à Spa ; qui enfin a emporté et gardé une liasse de bonnes feuilles de Claye qui m’était destinée, de sorte qu’il a fallu m’en faire (quinze jours d’attente) un nouvel envoi arrivé hier seulement (par suite de tout ceci, j’ai commencé hier 2 septembre à lire ces bonnes feuilles qui, si elles m’eussent été remues il y a quinze jours, seraient à présent depuis longtemps vérifiées et permettraient de fixer le jour de la publication).

Les retards viennent enfin de je ne sais quel accident au papier que vous m’avez raconté vous-même.

Je passe à quelque chose qui, je l’avoue, me contrarie vivement.

J’aurais voulu, j’aurais dû être consulté sur cette insertion des fragments, qui, me dites-vous, doit avoir lieu aujourd’hui même. Je n’eusse pas refusé l’insertion, mais je l’eusse fait coïncider avec la publication. Pour Les Contemplations le même fait s’est produit, mais on avait pris mon avis. On aurait dû le prendre également pour La Légende des Siècles. Je regrette d’avoir été si faci-

  1. Inédite.