Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/461

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voulez bien m’attribuer une part dans ce magnifique progrès. Je remercie avec une émotion profonde la République des États-Unis de Colombie.

En abolissant la peine de mort, elle donne un admirable exemple. Elle fait un double pas, l’un vers le bonheur, l’autre vers la gloire.

La grande voie est ouverte. Que l’Amérique marche, l’Europe suivra.

Transmettez, monsieur l’envoyé extraordinaire, l’expression de ma reconnaissance à vos nobles et libres concitoyens, et recevez l’assurance de ma haute considération.

Victor Hugo.


À Émile Deschamps.


16 octobre 1863, Hauteville-House.

Merci, cher Émile, de vos quatre pages charmantes et douces. Votre ami, M. A. Hélie, vous dira comment j’ai dû, à mon retour ici, les déterrer dans une montagne de lettres. Me voici heureux, je vous lis ; il me semble que je vous vois ; je sens de la chaleur, c’est votre cœur qui est près de moi.

Je suis plus difficile pour vous que vous. Je veux que madame Victor Hugo reparle de vous et en reparle tout à fait comme il me convient. La suite du livre[1] vous montrera que ma gronderie intime a réussi.

Cher Émile, mon rocher remercie votre Versailles. Je ne suis plus seul quand votre amitié me dit : je suis là.

Vous êtes pour moi la vie, la joie, la poésie, la jeunesse. Où sont nos belles années ? dans nos âmes. Tout a disparu, rien n’est perdu. Votre noble et charmant esprit a bien fait de se souvenir de moi ; tout à l’heure, quand j’ai ouvert votre lettre, il m’a semblé que la lumière entrait. J’embrasse Antoni[2] ; je vous embrasse.

Tout à vous.


Vous savez que ma fille devient anglaise[3]. Tel est l’exil[4].

Victor.
  1. Victor Hugo raconté, tome II.
  2. Frère d’Émile Deschamps.
  3. Ces quelques mots cachent une grande douleur : le 16 juin 1863, Adèle avait quitté Guernesey. Ayant appris qu’un jeune officier anglais, M. Pinson, venait de s’embarquer avec son régiment pour Halifax, elle résolut de le suivre, et en octobre elle annonçait son mariage à ses parents. Fausse nouvelle. L’officier, pressé d’expliquer sa conduite, affirma n’avoir jamais parlé mariage à la jeune fille qui l’avait suivi à son insu ; sa lettre, fort courtoise, ne laissait aucun doute sur le triste état mental d’Adèle, état qui ne fit que s’aggraver. Elle ne recouvra jamais la raison.
  4. {{sc|H. Girard. Émile Deschamps.