Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/71

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rouge que vous. Elle est indignée et elle dit comme vous ce bandit. — Il croit que le Bonaparte tombera sous trois mois, à moins qu’il ne fasse la guerre. Ce à quoi Persigny le poussera. Dans ce cas-là, la Belgique, dit-il, serait envahie fin mars. Il faudrait se mettre en sûreté d’ici-là.

Il y a eu revelléité de me mettre hors d’ici. Le ministère belge a tenu bon et en a été ébranlé. Lis ce que j’écris à Victor à ce sujet. Au reste, il faut toujours que vous lisiez tous toutes les lettres que j’adresse à chacun. C’est la même lettre qui se continue, et comme je suppose que vous lisez tous, je ne répète pas les faits. Il est également nécessaire d’être fort prudents à la Conciergerie. Ne lisez mes lettres qu’entre vous, n’en parlez qu’entre vous. Défiez-vous de la police toujours présente et aux écoutes. Vous devez être tous plus épiés que jamais.

Tout ce que tu me dis de l’effet du décret de spoliation[1] est admirablement vrai et juste. Tous les crimes dans un, le Deux-Décembre, ont fait moins d’effet sur le bourgeois, boutiquier ou banquier, que cette confiscation. Toucher au droit, c’est peu, toucher à une maison, c’est tout. Cette pauvre bourgeoisie a son cœur dans son gousset.

Du reste elle se relève un peu, dit-on, et l’opposition libérale recommence. C’est bon signe, et ce qui est beau, c’est le courage des femmes. Partout les femmes redressent la tête avant les hommes. Du fond de mon trou, je leur crie bravo.

Maintenant causons de mon Charles. Il va venir ici. Il faut y travailler ou y périr d’ennui et de néant. Mais travailler à quoi ? Pas de journaux payants, et d’ailleurs le gouvernement belge ne permettrait pas à un écrivain français d’user ici de la liberté de la presse. Que faire alors ? Quel travail utile ? Voici les idées qui me sont venues : d’abord, ce que j’ai déjà écrit à Charles, faire à eux quatre une histoire des quatre dernières années à l’aide de la collection de l’Évènement, se partager la besogne avant le départ de Charles. Charles ferait ici sa part et le livre se vendrait très bien, mais fini. La librairie belge est ainsi.

Ensuite, pourquoi Charles avant de partir ne verrait-il pas Houssaye et Gautier ? Il pourrait leur envoyer d’ici pour la Revue de Paris des lettres sur la Belgique, non politiques, et qu’il ferait admirablement. Il me semble qu’il y aurait là pour lui une centaine de francs par mois. Je lui donnerais le nécessaire, cela lui donnerait le superflu.

Pensez tous à tout cela, consultez-vous dans le grand conseil de la Conciergerie. Que Charles prenne l’avis de mes deux chers burgraves, Auguste et Paul Meurice.

  1. La confiscation des biens de la famille d’Orléans.