Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/78

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t’admire et te respecte au delà de tout le monde, et ne fait allusion à toi qu’avec religion. Voilà la vraie vérité, vois-tu. Mais c’est égal, les sots jasent. Dédaigne leur jaserie.

Je vois, d’après la réponse que Charles te fait et qu’il m’apporte, que tu l’as un peu grondé dans ta lettre. Ne le gronde pas. J’ai besoin de le voir à côté de moi heureux et content, et s’il ne veut pas travailler, qu’y faire ? Un jour ou l’autre, je l’espère, la raison viendra, une affaire le tentera et il se mettra au travail. En attendant, je tâche qu’il soit heureux, je ne lui fais aucun reproche, je le laisse entièrement libre, et je fais ce que je peux pour qu’il se plaise près de moi. Je suis triste qu’il ne t’en dise pas un mot dans sa lettre. — Un jour, plus tard, mes enfants sauront tout ce que j’aurai été pour eux.

Mon livre avance. Il serait fini dans huit jours (en travaillant les nuits), s’il le fallait. Mais je ne vois pas encore urgence. Il m’arrive tous les jours de nouveaux renseignements qui me forcent à refaire des parties déjà écrites. Cela m’est fort pénible. Je ne crains pas le travail, mais je hais le travail perdu. Je ne sais pas encore si je joindrai les faits de la province à ceux de Paris. Cela pourrait devenir long et monotone. D’ailleurs Paris seul décide tout et a tout décidé le deux décembre comme toujours. Je ne donnerai probablement que le plus curieux des faits de province et en résumé[1] ; seulement ce qu’il faudra pour faire ressortir le mensonge de la prétendue jacquerie. Et puis je crois qu’il vaut mieux pour la propagande et la vente que le livre n’ait qu’un volume.

Quant au journal[2], sauf plus ample réflexion, je suis de l’avis d’Auguste. Rien à faire sous cette loi. Si un succès de journal littéraire était possible, il faudrait cependant examiner. On bornerait la politique aux faits et l’on ferait une magnifique littérature-opposition. Mais laisserait-on faire cela ? Consultez-vous entre vous. Vous voyez le terrain de plus près.

À propos de bonne politique et de bonne littérature, voici une noble lettre :


« Monsieur,

« Comme je ne vous reconnais pas le droit de dépouiller ma famille, je ne vous reconnais pas davantage le droit de m’assigner une dotation au nom de la France. Je refuse le douaire.

« Hélène d’Orléans. »
  1. Plusieurs des « faits de province » ont été publiés dans l’Histoire d’un crime. Cahier complémentaire. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  2. Paul Meurice proposait de faire reparaître l’Événement, sous une forme purement littéraire.