Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome IV.djvu/118

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Au même[1].


Ce mercredi [23 août 1821].
Monsieur,

Un accident que je ne pouvais prévoir et qui m’a retenu toute la journée à Mantes, m’a empêché de me rendre le soir au Luxembourg, comme je l’espérais et le désirais bien vivement, pensant vous y trouver et savoir comment notre malade se porte. Je n’ai pu partir de Mantes qu’à 9 heures du soir, dans une méchante carriole qui après une nuit dont je me serais amusé si quelque chose pouvait m’amuser à présent, a déposé à 6 heures du matin sur la place Louis XV ma machine détraquée. Quoique je sois accoutumé depuis longtemps à ne plus dormir, ce voyage nocturne m’a fatigué. Notre dîner de cérémonie, qui devait avoir lieu aujourd’hui, est remis. Ainsi, si vous étiez tenté de vous promener ce soir au Luxembourg, j’y serai certainement quand je n’aurais pour motif d’y être que l’espérance vague de recevoir de bonnes nouvelles.

Adieu , monsieur, si vous n’avez pas reçu les dernières Annales, ne vous en étonnez pas. Cela tient à ce que les frelons ont pillé la ruche pendant mon absence. Je trouvai ici à mon retour une petite contrariété littéraire pour m’entretenir dans le métier de patience, mais je suis aussi insensible aux mauvais offices que sensible aux bons. Il y a par le monde quelques avortons auxquels mon mépris ne suffit pas et qui veulent encore ma haine. Ils n’y parviendront pas, ils n’en valent pas la peine. Je rougis d’avoir donné dix lignes à ces puérilités ridicules, et, revenant en hâte à tout ce qui m’intéresse, je vous prie de n’oublier auprès de personne chez vous Votre serviteur le plus dévoué

Victor.

Si vous ne pouviez venir ce soir au Luxembourg j’espère que vous voudrez bien m’écrire un mot. Je n’ai peut-être aucun sujet d’être inquiet. Tant mieux[2].

  1. Inédite, sauf les passages publiés dans l’édition originale des Lettres à la Fiancée.
  2. Bibliothèque Nationale.