Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome IV.djvu/167

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arrêtés sans pouvoir nous rencontrer. C’est une fatalité véritable. J’aurais eu tant de joie à vous serrer la main, tant de choses à vous dire, tant de bonne amitié à vous demander et à vous donner. Je devais aller d’abord à La Rochelle, mais des fièvres s’y sont déclarées au moment de mon départ, et mon médecin m’a défendu le midi ; La Rochelle à cause des fièvres, Marseille à cause du choléra. Alors, comme il me fallait la mer, j’ai été la chercher au nord, ce qui m’a fait passer, en allant à droite de St Omer, en revenant à gauche, sans tourner bride par cette ville, car en allant je vous croyais déjà à Paris, et en revenant je vous y croyais encore. Je suis triste de tous ces désappointements. J’ai vu en Belgique de belles églises, de belles peintures et de belles villes, j’ai vu la mer sur les dunes de Picardie et sur les falaises de Normandie, mais tout cela ne vaut pas le serrement de main d’un ami.

Vale et me ama.
Victor H.[1]


À Monsieur Double, avoué[2].


25 9bre, dix h. du soir.
Pressée.

Je ne puis, Monsieur, mieux répondre à votre bonne lettre qu’en vous envoyant le petit poulet ci-inclus. Vous voyez que je suis heureux de vous donner preuve de confiance et de cordialité. Je m’en repose tout à fait sur votre zèle et sur votre bonne grâce. Voyez ce qu’il y a à faire et soyez assez bon pour en venir conférer avec moi (j’y suis toujours le soir entre sept et huit heures) il serait essentiel aussi qu’avant de faire aucun acte vous vissiez mon avocat M. Paillard de Villeneuve, il est chez lui le matin de neuf à onze heures. Il vous attendra lundi (il demeure r. Neuve St Augustin 25). — Vous voyez qu’il n’y a pas de temps à perdre, l’assignation est pour mardi 28[3].

Croyez bien, je vous prie, Monsieur, à tous mes sentiments affectueux et aux vifs regrets que m’a fait éprouver la perte qui est venue vous frapper récemment.

Victor Hugo[4].
  1. Communiquée par M. Abel Doysié.
  2. Inédite.
  3. Il s’agit du procès fait par Victor Hugo au Théâtre-Français, où Me Paillard de Villeneuve demandait la reprise d’Angelo et d’Hernani.
  4. Bibliothèque municipale de Nantes.