Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome IV.djvu/286

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À Albert Lacroix[1].


Hauteville-House, 17 9bre.

Je m’empresse, Monsieur, de vous répondre quelques lignes. Les 125 000 fr. sont déjà engagés, vis-à-vis d’un tiers qui les a acceptés comme déposés à la Banque d’Angleterre. Il serait donc impossible maintenant de changer la banque. La meilleure forme, je crois, serait que ces cinq mille livres sterling fussent déposées à la Banque d’Angleterre à mon nom, et ne pussent en être retirées que sur un reçu signé de moi et par une personne désignée par moi. Seulement quelle formalité faudrait-il pour que la Banque fut assurée de ma signature authentique ? M. le Consul de Belgique à Londres pourrait vous renseigner à ce sujet, et je vous serais extrêmement obligé de vouloir bien me transmettre le renseignement.

J’ai envoyé votre lettre au capitaine Scott. Je doute qu’il puisse vous fixer un jour avec certitude, surtout par le temps qu’il fait.

Je ne me suis donc pas expliqué clairement, puisque vous semblez ne pas renoncer complètement à l’affaire journal. Cependant j’avais appelé votre attention sur notre lettre privée. Il y a là une éventualité à peser, qui prime tout. Suis-je clair, cette fois ?

Tout ce que vous me dites est du reste excellent. Nous parlerons ici du prospectus que vous désirez. Il devrait être très court, ne déflorer le livre en aucune façon, parler surtout de Notre-Dame de Paris, car on a mauvaise grâce à parler de l’avenir et bonne grâce à rappeler le passé, et dire ceci en substance : « Après le moyen âge, le temps présent ; telle est la double étude de Vict. H. Ce qu’il a fait pour le monde gothique dans Notre-Dame de Paris, il le fait pour le monde moderne dans les Misérables. Ces deux livres seront dans son œuvre comme deux miroirs reflétant le genre humain ».

Nous causerons de tout cela ici. Je persiste toujours à croire presque impossible d’arriver aussi vite au public que vous le souhaitez. Il importerait pour la rapidité des épreuves que votre imprimeur de Paris fut Claye, auquel je suis habitué et qui est accoutumé à ma façon de corriger. Je n’ai plus qu’une ligne. J’y mets mon plus cordial serrement de main.

Victor Hugo.

Seriez-vous assez bon pour envoyer cette lettre à Madame Victor Hugo. Merci, Monsieur, et pardon[2].

  1. Inédite.
  2. Correspondance relative aux Misérables. — Bibliothèque Nationale.