Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome IV.djvu/326

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comme un avertissement d’une vieille amitié. Vous êtes plus sévère que moi. Vous en avez le droit, étant plus jeune. Enfin acceptez mes concessions et passez-moi mes persistances. Elles vous prouvent aussi ma déférence et à quel point tout ce qui vient de vous pèse dans mon esprit.

Voici donc la lettre à Lamartine. Voudrez-vous la mettre sous enveloppe et l’envoyer avec les quatre volumes. Plus deux lettres pour le Charivari.

Votre lettre a été lue ici à haute voix dans le groupe avec des transports et des explosions de tous les amis pour vous. Quant à moi, je ne puis rien vous dire sinon que je vous aime autant que je vous admire. Vous avez tout voulu, tout fait, tout emporté, tout fécondé, tout réussi. C’est moi qui vous crie bravo[1] !


Au même[2].


3 juillet.

Dans ces quatrevingt lignes signées Gaiffe, vous avez tout dit, vous êtes un puissant condensateur, vous êtes entre Tacite et Pascal, plus le sentiment moderne et l’immense poésie, le jour où vous voudrez éclairer a giorno les Misérables, ce sera splendide, et toute l’idée apparaîtra. Il va sans dire que ce n’est pas une insinuation, et que j’approuve tout, même votre abstention. Vous avez d’excellentes raisons pour faire tout ce que vous faites, cher Auguste. Mais en lisant cette admirable page si complète écrite par vous, il est impossible que l’eau d’une telle critique ne nous vienne pas à la bouche. Avoir soif de votre philosophie et de votre style, c’est tout simplement être intelligent. L’âme se nourrit d’âme, et vous avez à la fois, dans ces quelques lignes, désaltéré et ébloui la mienne. Dante parle d’un buisson lumineux. C’est votre pensée.

Je reçois, grâce à vous, tous les journaux. Merci, et merci aussi pour le bon petit mot d’aujourd’hui, Le Globe de Londres dit que Gavroche en particulier a un immense succès. Ce que vous disiez de la critique commence à percer à l’étranger, Le Journal de Gand, dans un excellent article dit, à propos des Misérables, que la grande critique française a bien besoin de se relever[3]. — Voici trois lettres (Janin, Denis, P. Foucher). Je ne sais pas les adresses. Est-ce que vous voudriez les transmettre. — Hier encore nous avons bu à votre santé. C’est boire à la santé des Misérables. Vous êtes mon robuste et cher point d’appui.

À vous[4].
  1. Bibliothèque Nationale.
  2. Inédite.
  3. Paul Voituron, avocat, écrivit dans le Journal de Gand une série d’articles qu’il réunit ensuite sous le titre : Études philosophiques et littéraires sur les Misérables de Victor Hugo.
  4. Bibliothèque Nationale.